Irlande : généralités

1 PRESENTATION
L'Irlande, en gaélique Éire et en anglais Ireland, a pour capitale Dublin.
L'Irlande se situe à l'Ouest de la Grande-Bretagne, dont elle est séparée par la mer d'Irlande et le canal Saint George. Indépendant depuis 1921, après sept siècles de domination britannique contre laquelle s'est forgée l'identité nationale, le pays comprend les provinces historiques de Leinster, Munster et Connacht ainsi que trois des neuf comtés d'Ulster. Les six autres comtés de cette province forment l'Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.

2 MILIEU NATUREL
2.1 Relief
L'Irlande couvre 70 273 km² sur les 84 000 km2 qui constituent la superficie totale de l'île. Le relief porte l'empreinte des glaciations quaternaires ; il est constitué d'une alternance de plissements et de dépressions. Au centre, l'érosion a dégagé, sur le socle calédonien, une vaste plaine centrale calcaire (Burren), sillonnée de longues rides de gravier et de sable (os ou eskers). La région est parsemée de lacs et de tourbières, ainsi que de dépôts morainiques formant des collines de forme allongée, les drumlins, qui s'élèvent sensiblement au Nord-Ouest (monts Donegal, 750 m).
La plaine est entourée par des massifs côtiers que séparent des vallées et de petites plaines, ouvrant l'accès à la mer. L'altitude n'est guère élevée : les formations de grès rouge des monts du Kerry, au Sud-Ouest, culminent à 1 041 m au Carrantuohill. À l'Est, les monts granitiques de Wicklow s'élèvent à 926 m. Le relief karstique du Burren, dans le comté de Clare, prolonge à l'Ouest le massif cristallin des monts du Connemara (820 m) et au Nord-Est le plateau basaltique d'Antrim.
Les côtes se caractérisent par leur dissymétrie : basses et sablonneuses à l'Est, elles se transforment en falaises abruptes et sont très découpées à l'Ouest. La mer pénètre souvent loin à l'intérieur des terres, dans les fjords profonds, comme à Carlingfdord et à Killary, ainsi que dans les rias (baie de Dingle) façonnées par l'érosion glaciaire et la variation du niveau des océans. Les côtes irlandaises offrent ainsi de multiples ports naturels en eaux profondes, tel celui de la baie de Bantry, dans l'Ouest du Kerry, l'un des mouillages les plus profonds d'Europe occidentale. Au large de la côte atlantique subsistent des chapelets d'îles (îles d'Aran, île Achill) autrefois rattachées à la grande terre.

2.2 Hydrographie
L'incertaine déclivité de la cuvette centrale, faisant obstacle au bon écoulement des eaux, a provoqué la formation de tourbières (bogs), situées principalement dans le centre et dans l'Ouest, et qui occupent près du cinquième de la superficie de l'île. Sous l'action des glaciers sont nés de multiples lacs (loughs), entre lesquels circulent les cours d'eau.
Le Shannon, principal fleuve d'Irlande et le plus long des îles Britanniques, s'écoule ainsi lentement d'un lac à l'autre sur 368 km, depuis les collines du Nord-Ouest jusqu'à Limerick, où il se jette dans l'Atlantique. Rivières et fleuves — dont la Liffey, la Barrow, la Nore, la Boyne, la Blackwater, le Moy et le Suir — sont abondants et sinueux, en raison du peu de relief et du climat très humide.

2.3 Climat
En dépit de sa situation relativement septentrionale — entre 51° 5' et 55° 5' de latitude Nord —, l'Irlande bénéficie d'un climat relativement doux, typiquement océanique, marqué par l'influence régulatrice du Gulf Stream qui réchauffe les eaux atlantiques. La nébulosité et les brouillards sont prédominants. L'uniformité climatique prévaut, le relief ne constituant nulle part un obstacle, et l'amplitude thermique annuelle est faible : les températures moyennes oscillent de 4 °C à 7 °C en janvier et de 14 °C à 16 °C en juillet. La douceur contraste avec l'humidité du climat : l'Irlande reçoit chaque année en moyenne 1 016 mm de pluie, répartis sur plus de 200 jours avec un maximum hivernal. La côte occidentale est plus exposée aux perturbations océaniques et aux forts vents d'Ouest, porteurs de pluie et d'embruns : elle reçoit en moyenne 2 500 mm d'eau.

2.4 Végétation
L'humidité entretient dans la "verte Erin" des prairies permanentes couvrant 68 % de la superficie du pays. Le vert des herbages contraste avec les teintes rouges et noires des tourbières, autre élément essentiel du paysage irlandais. Les reliefs sont couverts de landes d'ajoncs et de bruyères. La douceur du climat permet à certaines espèces végétales méditerranéennes de se développer, notamment dans la baie de Bantry, au Sud. La violence des vents d'Ouest explique, en revanche, la faible couverture forestière, encore réduite lors de la colonisation anglaise. Ainsi, la forêt ne couvre plus que 9,5 % du territoire (2005), ce qui fait de l'Irlande l'un des pays les moins boisés d'Europe.

3 POPULATION ET SOCIETE
3.1 Caractéristiques démographiques
La république d'Irlande est peu peuplée : en 2008, la population était estimée à 4 156 119 habitants, soit une densité moyenne d'environ 60 habitants au km². Ce chiffre dissimule un très fort déséquilibre en termes de répartition géographique : plus d'un tiers de la population se concentre, en effet, à Dublin et, dans certaines zones côtières de l'Ouest, la densité s'élève jusqu'à 160 habitants au km2.
Depuis les années 1970, les comportements démographiques n'ont cessé de se rapprocher de ceux prévalant dans les autres pays européens, mais le poids de la tradition catholique s'exprime toujours. L'indice de fécondité demeure ainsi l'un des plus élevés d'Europe occidentale (1,85 enfant par femme en 2008). Le taux de natalité se maintient à un niveau important de 14,30 ‰, le taux de mortalité étant de 7,80 ‰.
L'espérance de vie, un peu inférieure à celle des pays voisins, s'élevait à 78,1 années en 2008. Malgré cet allongement de la durée de vie, la République irlandaise échappe au phénomène de vieillissement de la population, en raison de la forte natalité : 20,9 % des Irlandais avaient moins de quinze ans en 2008.
Le fort accroissement naturel de la population (11,1 % pour 1995–2005) ne parvient pas à compenser l'hémorragie continue qu'a subie le pays au cours des 150 dernières années. En effet, durant cette longue période, la république d'Irlande a été l'un des seuls pays au monde dont la population ne s'est pas accrue, mais a singulièrement diminué. En 1841, l'île comptait 8,2 millions d'habitants ; un siècle plus tard, elle n'en comptait plus que 4,2 millions.
Ce dépeuplement a pour première explication la grande famine de 1846-1848. Provoquée par une maladie qui ravagea les récoltes de pomme de terre, première source d'alimentation à l'époque, celle-ci causa la mort de deux millions d'Irlandais. Cette famine fut à l'origine de la première vague d'émigration massive vers le Royaume-Uni et, surtout, l'Amérique du Nord. Ce désastre naturel fut amplifié par la situation économique et sociale de l'île. En effet, dans les campagnes surpeuplées, les paysans irlandais n'étaient que des tenanciers, soumis à des fermages prohibitifs, qui louaient ou sous-louaient à des intendants des terres morcelées à l'extrême, qui appartenaient à de grands propriétaires britanniques. La misère et, jusqu'à l'indépendance, le poids de la domination britannique, continuèrent d'alimenter une émigration, qui, si elle se réduisit après la Seconde Guerre mondiale, perdura jusque dans les années 1970. Plus de 6 millions d'Irlandais émigrèrent entre 1845 et 1950. Le mouvement, pratiquement interrompu après 1970, en raison du décollage économique du pays, a repris dans des proportions moindres à la fin des années 1980. Il explique la stagnation de la population, dont la croissance annuelle n'a été, pour la période 1990-1995, que de 0,28 %.
Toutefois, la baisse du chômage résultant de l'essor économique continu, que connaît l'Irlande depuis le milieu des années 1980, a contribué à l'inversion du phénomène ; en 1996, pour la première fois dans son histoire, le pays a enregistré un solde migratoire positif : les expatriés de retour au pays ont été plus nombreux que les émigrants. L'Irlande est ainsi devenue en quelques années une terre d'émigration, comptant 14 % d'étrangers à la fin des années 2000, dont une majorité de ressortissants polonais.

3.2 Divisions administratives et villes principales
La république d'Irlande est divisée en 26 comtés : Carlow, Cavan, Clare, Cork, Donegal, Dublin, Galway, Kerry, Kildare, Kilkenny, Laois, Leitrim, Limerick, Longford, Louth, Mayo, Meath, Monaghan, Offaly, Roscommon, Sligo, Tipperary, Waterford, Westmeath, Wexford, Wicklow (Cavan, Donegal et Monaghan font partie de l'Ulster).
Dublin est la capitale et la principale ville du pays. Elle compte 1,02 million d'habitants, agglomération comprise (2003). Elle concentre une part importante de l'emploi industriel et commercial, ainsi que l'essentiel des activités administratives et culturelles. La deuxième ville du pays, Cork, le grand port irlandais, ne compte qu'un peu plus de 123 062 habitants (2002). La politique d'aménagement du territoire menée par les pouvoirs publics vise à créer d'autres pôles urbains dans le pays, afin de limiter l'exode rural vers la capitale. Les villes les plus dynamiques sont, dans l'Ouest rural, Limerick (54 023 habitants), centre commercial, et Galway, ville universitaire (65 832 habitants), et dans le Sud-Est, Waterford (44 594 habitants), centre de l'industrie agroalimentaire.

3.3 Langues et religions
L'anglais et le gaélique, la langue nationale (voir celtiques, langues), sont les deux langues officielles du pays. Environ 25 % des Irlandais pratiquent le gaélique, que les gouvernements successifs, depuis l'indépendance, ont cherché à promouvoir. Les écoles du pays enseignent les deux langues.
La liberté de culte est garantie par la Constitution. Le catholicisme est la religion de 88,4 % des habitants (recensement de 2002). Les protestants, appartenant principalement à l'Église d'Irlande, anglicane, à l'Église méthodiste et à l'Église presbytérienne, sont davantage représentés à Dublin que dans le reste du pays.
L'autorité suprême de l'Église catholique est exercée par l'évêque d'Armagh (Irlande du Nord), primat d'Irlande, l'évêque de Dublin n'étant que primat de l'Eire (république d'Irlande). Le catholicisme a joué un rôle essentiel dans la définition d'une identité irlandaise, par opposition à l'Angleterre protestante. Sous la domination britannique, la revendication de l'appartenance religieuse et du libre exercice du culte catholique — les offices publics ont été interdits jusqu'à la fin du XIXe siècle — était indissociable de la lutte pour les droits civiques et pour l'indépendance.
Le poids de la tradition et l'influence de l'Église catholique — notamment dans le domaine de l'enseignement — ont contribué à faire de l'Irlande un pays conservateur, à l'écart des mouvements de société européens. Ce n'est qu'en 1972 qu'a été abrogée une disposition constitutionnelle accordant un "statut spécial" à l'Église catholique dans la société. Les mentalités évoluent toutefois, d'autant que plusieurs scandales, depuis le début des années 1990, ont affaibli l'autorité morale de l'Église. En portant Mary Robinson à la tête de l'État, les Irlandais ont choisi une femme, mariée à un protestant, militante du droit au divorce et du planning familial. Cependant, cette évolution demeure lente ; ainsi l'accès à la contraception est toujours difficile. En 1992, invités à se prononcer par référendum, les Irlandais ont rejeté la légalisation de l'avortement. En revanche, en novembre 1995, ils ont accepté — à une faible majorité — de libéraliser la législation sur le divorce.

3.4 Éducation
L'enseignement est obligatoire et gratuit pour tous les enfants âgés de 6 à 15 ans. La plupart des établissements scolaires, subventionnés par l'État, sont confessionnels, contrôlés par l'Église catholique romaine ou l'Église d'Irlande. L'enseignement secondaire comprend deux types de cycles : un cycle d'enseignement général menant à l'université et un cycle technique proposant une formation technique et générale. L'accès à l'enseignement supérieur s'est développé rapidement au cours des années 1990-200. Si un tiers des jeunes Irlandais poursuivaient des études supérieures au début des années 1990, ils étaient plus de la moitié dans ce cas au début des années 2000.
La première université irlandaise, le Trinity College, a été fondée en 1592 et demeura longtemps un bastion de la culture protestante. L'autre grande université est la National University of Ireland, fondée en 1908, à Dublin.

3.5.1 Organisation des pouvoirs
L'Irlande est une démocratie parlementaire régie par la Constitution de 1937.
Le chef de l'État est le président de la République, élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans renouvelable une fois ; c'est une fonction essentiellement représentative. Le Premier ministre, responsable devant la Chambre des représentants (Dáil), détient le pouvoir exécutif. Il est nommé par le président sur avis du Dáil. Il choisit les membres du gouvernement, après approbation des représentants du peuple, qui sont nommés par le président de la République.
Le Parlement irlandais est bicaméral. Le Dáil compte 166 représentants, élus pour cinq ans maximum au suffrage universel direct, selon un mode de scrutin original à un tour ; proportionnel avec transfert des surplus de voix, il favorise les petits partis. Il appartient au Premier ministre de convoquer des élections législatives quand il le souhaite, une législature ne pouvant excéder cinq ans. Le Sénat (Seanad) est constitué de 60 membres, dont 11 sont nommés par le Premier ministre, 6 sont élus par des universitaires et 43 sont choisis au sein d'un collège électoral de quelque 900 représentants des collectivités locales, du monde du travail, de l'Administration, des services sociaux, du commerce et de l'industrie, ainsi que de la culture. Le Sénat vote les lois mais ne peut défaire un gouvernement.
Comme aux États-Unis, la Cour suprême, dont les juges sont nommés par le président de la République sur recommandation du gouvernement, est à la fois la plus haute instance judiciaire, qui juge en dernier recours des appels, et l'organe de contrôle de la constitutionnalité des lois. Elle est saisie, dans ce cas, par le président de la République. Les autres instances judiciaires sont la cour criminelle centrale, la chambre criminelle de la cour d'appel, les tribunaux de district et les tribunaux de circuit.

3.5.2 Partis politiques
La vie politique irlandaise est dominée par deux partis de droite dont l'opposition remonte à l'indépendance, en 1922 : le Fianna Fáil (FF), fondé en 1926, et le Fine Gael (FG), constitué en 1933. Fondé par Eamon De Valera, père de l'indépendance irlandaise, le Fianna Fáil représentait traditionnellement la petite bourgeoisie nationaliste, les classes moyennes et les petits fermiers. Plus modéré, le Fine Gael, parti de centre droite, recrutait davantage au sein de la grande bourgeoisie, des professions libérales et des gros agriculteurs. Ces clivages demeurent en grande partie valides. Depuis le début des années 1930, tous les Premiers ministres appartiennent à l'un ou l'autre parti, mais une recomposition politique s'est amorcée à partir de la fin des années 1980, avec une progression de la gauche.
Les autres partis irlandais sont la Parti travailliste (Lab, gauche), le Parti démocrate progressiste (PD, centriste), le Parti vert (GP, écologiste) et le Sinn Féin.

3.5.3 Défense nationale
En 2003, l'Irlande a consacré à sa défense 0,5 % du PIB. Les forces militaires irlandaises (Permanent Defence Force), regroupent 10 460 hommes (2004). Le recrutement se fait sur la base du volontariat. En 1949, la république d'Irlande a refusé d'adhérer à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Les statuts de l'Alliance garantissaient, en effet, à tous les pays signataires — dont le Royaume-Uni — l'intégrité de leur territoire : c'eût été reconnaître comme définitive la séparation des deux Irlande, ce que le gouvernement refusait de faire.

4 ECONOMIE
4.1 Généralités
Petit pays insulaire et agricole, l'Irlande est entrée dans la Communauté économique européenne en 1973. Alors qu'elle était un des pays les plus pauvres de l'Europe du Nord et qu'elle accumulait un important retard, l'Irlande s'est industrialisée en une trentaine d'années en connaissant une exceptionnelle croissance, si bien qu'au début du XXIe siècle, elle apparaît comme le pays le plus riche de l'Union européenne en terme de PIB par habitant, derrière le Luxembourg. Grâce aux fonds structurels européens et à une fiscalité attractive pour les investissements étrangers, elle s'est spécialisée dans l'industrie de haute technologie, qui fournit l'essentiel des exportations, et a développé le secteur des services. Sa croissance est souvent comparée à celle des « dragons » de l'Asie du Sud-Est, et le pays est parfois surnommé le « tigre celtique ».
En 2006, le produit intérieur brut (PIB) irlandais s'élevait à 220 milliards de dollars et son taux de croissance atteignait 5,7 %.

4.2 Historique
En 1950, la majorité des Irlandais vit encore de l'agriculture. Désormais, plus de la moitié de la population active travaille dans le secteur des services (65,6 % en 2005), et l'industrie de transformation fournit l'essentiel des exportations. L'essor économique irlandais — on parle même de "miracle économique" — a pu avoir lieu grâce à l'ouverture du pays sur le monde extérieur. En 1958, l'Irlande se lance dans une nouvelle politique économique, rompant avec le protectionnisme qui prévaut depuis l'indépendance. La libéralisation des échanges s'accompagne d'un appel aux capitaux étrangers. Ainsi, de nombreuses entreprises étrangères s'implantent sur le territoire irlandais. Dans le même temps sont mis en place une planification souple et un programme d'expansion.
En 1973, la république d'Irlande entre dans le Marché commun. L'intégration économique européenne permet au pays de connaître une mutation impressionnante, malgré la crise mondiale qui frappe brutalement l'économie irlandaise après 1979. En 1991, l'Irlande est, aux côtés de la Grèce et du Portugal, l'un des trois pays les plus en retard de l'Union européenne. Alors que l'Irlande est l'un des principaux bénéficiaires des aides structurelles européennes, son produit intérieur brut par habitant progresse de 40 % en vingt ans, de 1981 à 2001. La spécialisation de l'industrie dans quelques secteurs de haute technologie et l'afflux des investissements étrangers, notamment américains, grâce à une fiscalité avantageuse, ont été déterminants.
Pour la période 1990-2002, le PIB connaît ainsi une croissance moyenne de 7,76 %, exceptionnelle au regard des performances économiques des autres pays de l'Union européenne (UE), et même au-delà puisqu'elle est la quatrième plus forte croissance au monde pour cette période. En 1996, la croissance irlandaise est la plus élevée des 25 pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), avec une progression du PIB de 7 %, atteignant même 10,7 % en 2000. Cette croissance s'effectue dans un premier temps sans flambée inflationniste, mais la surchauffe de l'économie entraîne finalement une hausse des prix (3,4 % en 1998). Malgré une baisse continue depuis 1992, le taux de chômage reste d'abord élevé – en avril 1996, 11,9 % de la population active était à la recherche d'un emploi – avant de descendre autour de 4,5 % durant les années 2000. Parallèlement, la dette publique brute qui représente 87,9 % du PIB en 1995 est ramenée à environ 20 % à la fin des années 2000.

4.3.1 Agriculture et élevage
Connaissant une mutation rapide, le secteur agricole emploie une population active toujours moindre : 5,9 % de la population active en 2005. Cette proportion diminue régulièrement (elle était de 7 % en 2001) en raison de la mécanisation et d'un exode rural continu allié à un vieillissement de la population agricole : en 1990, plus de 50 % des agriculteurs étaient âgés de plus de cinquante ans. Le rôle de l'agriculture dans l'économie nationale n'est toutefois pas négligeable, à travers l'important secteur agroalimentaire.
Deux types d'agriculture coexistent : une agriculture compétitive et spécialisée dans le Sud et l'est du territoire, encouragée par les organisations agricoles et le mouvement coopératif fondé au XIXe siècle par l'Église catholique et favorisée par les conditions physiques ; ainsi qu'une agriculture extensive et largement subventionnée dans le Centre et l'Ouest.
Les terres cultivées — situées principalement dans l'Est et le Sud — ne représentent que 17,6 % (2005) de la surface du pays, les principales cultures étant celles de l'orge, du blé, de l'avoine et de la pomme de terre. Dans ce pays de prairies, l'élevage est largement dominant au sein de la production agricole totale. Bovins (6 876 700 têtes en 2006) et ovins (5 969 600 têtes) sont élevés dans les plaines de l'Ouest et du Centre. L'industrie laitière est concentrée dans le Sud du pays.

4.3.2 Sylviculture
Le gouvernement irlandais a entrepris de vastes projets de reboisement (en particulier dans les monts Wicklow) afin de limiter la dépendance du pays vis-à-vis des importations de bois, et de fournir des matières premières à de nouvelles papeteries ainsi qu'aux industries associées. Environ 80 % des forêts appartiennent au Coillte Teoranta, l'Office gouvernemental des forêts. La production de bois, en 2006, était de 2,67 millions de m³.

4.3.3 Pêche
La pêche était un secteur traditionnellement sous-exploité qui s'est considérablement développé. En 2005, le total des prises s'est élevé à 352 082 t. Le hareng, la morue, le maquereau, le merlan et la plie sont pêchés en haute mer. Les fleuves et les rivières du pays, très poissonneux, sont riches en saumons, truites, anguilles et diverses variétés de poissons blancs.

4.4 Secteur secondaire : mines et industries
4.4.1Exploitation minière et énergie
La production de zinc (438 000 t) et de plomb (65 000 t) sont importantes (2003).
La production nationale d'énergie ne couvre pas la totalité des besoins. Elle bénéficie des gisements de gaz naturel de Kinsale et de Ballycotton, exploités depuis 1991, et de la tourbe extraite dans les plaines centrales, qui alimente les grandes centrales électriques. C'est toutefois le charbon, importé en grandes quantités, qui est le combustible principal, la quasi-totalité de la production d'électricité étant d'origine thermique (95,3 % en 2003).

4.4.2 Industrie
27,8 % (2005) de la population active travaille dans le secteur industriel, qui représente 37,3 % du PIB. En dix ans, de 1985 à 1995, la production industrielle a plus que doublé. L'industrie de transformation, encouragée à partir des années 1930, s'est profondément transformée et diversifiée, surtout à la fin du XXe siècle. Elle contribue de manière essentielle aux exportations, les produits manufacturés représentant 80 % des exportations globales.
Ces résultats sont en grande partie le fruit de la nouvelle politique menée à partir de la fin des années 1950. En 1959 a été créée, à proximité de l'aéroport de Shannon, la première zone franche au monde. Attirées par une fiscalité avantageuse (l'impôt sur les bénéfices est ainsi plafonné à 10 % jusqu'à l'an 2000) et par de fortes subventions, mais aussi par les salaires relativement bas pratiqués en Irlande et une faible syndicalisation, de multiples entreprises étrangères — pour la plupart de haute technologie — se sont implantées en Irlande. Des firmes britanniques et allemandes se sont ainsi délocalisées pour accroître leur compétitivité ; les sociétés américaines et japonaises utilisent quant à elles l'Irlande pour pénétrer plus facilement le marché européen.
Les secteurs qui dominent, réalisant plus de 85 % de la valeur ajoutée industrielle à la fin des années 2000, sont la chimie (chimie organique et industrie pharmaceutique), les équipements électriques et électroniques, l'agroalimentaire (brassage et distillation de whisky et de bière, fabrication de produits laitiers et de produits charcutiers) et l'édition (logiciels).

4.5 Secteur tertiaire : services, finances et commerce
Symbole de la mutation économique et sociale irlandaise, le tertiaire est devenu le secteur dominant ; il emploie 65,6 % (2005) de la population active et contribue pour 60,2 % au PIB.
Jusqu'à l'entrée en vigueur de la monnaie unique européenne, l'unité monétaire de l'Irlande était la livre irlandaise (punt), émise par la Banque centrale d'Irlande, créée en 1942. Jusqu'à l'adhésion de l'Irlande au Système monétaire européen (SME) en mars 1979, la livre irlandaise s'échangeait à parité avec la livre sterling britannique, mais les critères imposés par le SME avaient mis un terme à cette situation. Le 1er janvier 2002, l'euro est devenu la monnaie officielle de l'Irlande, selon le taux de conversion suivant : 1 euro = 0,787564 livre irlandaise. La face nationale de toutes les pièces en euros émises en Irlande est frappée à l'effigie de la harpe celtique.

4.5.1 Transports

L'existence d'un habitat rural dispersé explique l'importance du réseau routier qui s'étend sur 96 602 km et du réseau ferré, long de 1 919 km.
Le réseau fluvial ne compte que 435 km de voies navigables. Le port de mer le plus important du pays est Dublin, et le plus grand port de transit pour les voyages transatlantiques est Cork. Parmi les autres ports notables du pays figurent Dún Laoghaire, Waterford, Rosslare et Limerick.
Le pays possède quatre aéroports internationaux à Shannon, Dublin, Cork et Knock.

4.5.2 Tourisme
Une promotion efficace assure une croissance continue du tourisme. En 2006, les recettes touristiques s'élevaient à 6,84 milliards de dollars, ce qui fait du tourisme le principal poste de recettes de la balance des invisibles (la même année, le nombre de touristes a atteint 8 millions).

4.6 Commerce extérieur
Les sociétés étrangères implantées en Irlande contribuent largement aux bons comptes extérieurs du pays. L'économie irlandaise est aujourd'hui l'une des plus ouvertes au monde et le taux d'imposition sur le bénéfice des sociétés est le plus bas de l'Union européenne (12,5 %).
Les principaux biens exportés sont les produits de haute technologie, les produits agroalimentaires et le matériel de transport. L'Irlande importe biens d'équipement, pétrole et dérivés, produits chimiques, denrées alimentaires, fer et acier. Les principaux partenaires commerciaux de l'Irlande sont le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Belgique et l'Allemagne.

5 HISTOIRE
Pour l'histoire des territoires de la république d'Irlande avant la création de l'État, et notamment la question et la révolution irlandaises. Voir Irlande (île).

5.1 La partition de l'île (1920-1921)
Sous la pression de l'opinion internationale, et notamment des États-Unis, le Parlement britannique, confronté à une révolution en Irlande, promulgue le Government of Ireland Act, en décembre 1920 : l'île est partagée en deux parties dotées d'une large autonomie. La partition ne respecte ni les limites provinciales ni les clivages confessionnels : trois des neuf comtés de l'Ulster sont rattachés aux trois provinces formant l'Irlande du Sud ; parmi les six comtés formant l'Irlande du Nord, deux comtés sont à majorité catholique.
La majorité protestante d'Irlande du Nord accepte ce Home Rule limité, qu'elle a souhaité dès 1912, et élit son propre Parlement en mai 1921. La partition est, en revanche, rejetée par la minorité catholique du Nord et par la majorité du Sud, où de nouvelles élections ne font que renforcer la position du Sinn Féin. Les élus de ce mouvement boycottent les nouvelles institutions imposées par les Britanniques et se constituent en un second Dáil.
Une trêve met fin à la guérilla de l'IRA le 10 juillet 1921. Les négociations entre les représentants du Dáil et le Premier ministre britannique, David Lloyd George, aboutissent à la signature d'un traité le 6 décembre 1921. Aux termes de cet accord, les vingt-six comtés de Saorstát Éireann deviennent, sous le nom d'État libre d'Irlande (Irish Free State), un dominion du Commonwealth. L'autonomie est ainsi étendue au plan militaire et douanier, mais les députés irlandais doivent prêter allégeance à la Couronne britannique.
Ce serment, et les limites imposées à la souveraineté de l'État libre, provoquent la division des nationalistes. Le 15 janvier 1922, le traité n'est ratifié par le Dáil, après de violents débats, que par soixante-quatre voix contre cinquante-sept. Eamon De Valera, absent des négociations et opposé au traité, démissionne de son poste de président ; il est remplacé par le fondateur du Sinn Féin, Arthur Griffith. Michael Collins est nommé président du gouvernement provisoire.

5.2 L'État libre d'Irlande (1922-1937)
5.2.1 Les déchirements internes
Eamon De Valera et les membres du Sinn Féin, hostiles au traité, exigent la reprise de la lutte contre la Grande-Bretagne. Une guerre civile éclate, opposant les républicains dissidents et la nouvelle armée de l'État libre. Le conflit, qui divise profondément le pays, provoque la mort de plus d'un millier d'Irlandais, dont Michael Collins, assassiné en août 1922.
Parallèlement, le Dáil, mené par William Thomas Cosgrave, rédige une Constitution instituant un Parlement bicaméral. Adoptée le 11 octobre 1922, elle entre en vigueur le 6 décembre, après ratification du Parlement britannique. Le gouvernement officiel de l'État libre est immédiatement institué, Cosgrave assumant le rôle de président du Conseil exécutif.
En avril 1923, les républicains mettent fin à la guérilla, suffisamment tôt pour pouvoir participer aux élections nationales. Aucun des deux partis en lice ne parvient, lors des élections du mois d'août, à obtenir la majorité. Cosgrave reste toutefois au pouvoir et De Valera, à la tête des républicains, boycotte le Dáil. Cosgrave met sur pied un gouvernement viable qui tente d'obtenir de la Grande-Bretagne une rectification des frontières entre les deux Irlande, afin de récupérer les deux comtés catholiques du Nord. Finalement, le tracé existant est confirmé en décembre 1925, en échange de maigres contreparties financières pour l'Irlande du Sud.
Ayant échoué sur la question des frontières, l'État libre, admis à la Société des Nations en septembre 1923, obtient en revanche, avec le Canada et l'Union sud-africaine (Afrique du Sud), une évolution sensible de son statut au sein du Commonwealth. En 1924, le gouvernement irlandais crée un précédent en envoyant son propre ambassadeur à Washington. Dès 1926, les pays membres se voient reconnaître une quasi-indépendance. Le statut de Westminster, en 1931, libère l'Irlande de la tutelle juridique du Parlement britannique.

5.2.2 Le retour au pouvoir d'Eamon De Valera
En février 1932, le parti d'Eamon De Valera, le Fianna Fáil, remporte les élections. Placé à la tête du Conseil exécutif, De Valera met en œuvre une politique de séparation totale. En mai 1933, il abolit par décret le serment d'allégeance au roi d'Angleterre. De Valera suspend ensuite le paiement d'annuités d'achat qui, selon les Britanniques, leur sont légalement dues et engage une politique protectionniste, destinée à permettre le développement d'une industrie nationale. Une guerre douanière prolongée s'ensuit, dont le coût est lourd pour l'État libre, l'économie irlandaise étant très dépendante du marché britannique.
Dans le même temps, les institutions continuent d'évoluer. En 1936, le Fianna Fáil, en collaboration avec d'autres groupes du Dáil, parvient à faire adopter une loi qui abolit le Seanad (Sénat), détracteur de la politique de De Valera. Le Dáil fonctionne alors comme un Parlement unicaméral jusqu'au terme du mandat de ses membres. Profitant de l'abdication du roi Édouard VIII, De Valera fait voter, en 1936, une loi qui retire de la Constitution toute référence au roi d'Angleterre. La même année, des militants de l'IRA ayant commis une série d'attentats dans l'État libre pour faire pression en faveur de l'unité de l'Irlande, le gouvernement interdit l'organisation nationaliste.

5.3 L'Eire (1937-1948)
En juillet 1937, les élections au Dáil se doublent d'un référendum constitutionnel. Le nouveau texte proposé à l'approbation des électeurs porte la marque de De Valera : la rupture avec la Grande-Bretagne est entérinée et la volonté d'unité affirmée dès l'article 2. Symboliquement, l'État libre d'Irlande devient l'"État démocratique, indépendant et souverain" d'Eire, reprenant le nom gaélique autrefois donné à l'ensemble de l'île. La nouvelle Constitution accorde également un statut spécial à l'Église catholique.
Les électeurs n'approuvent qu'à une faible majorité le texte constitutionnel, mais reconduisent le Fianna Fáil. En 1938, l'écrivain et patriote irlandais Douglas Hyde — un protestant — est élu premier président de l'Eire et De Valera est choisi comme Premier ministre.
Malgré les pressions de Roosevelt et de Churchill, l'Eire maintient sa neutralité durant la Seconde Guerre mondiale. Cette manifestation d'indépendance lui vaut d'être absente de l'Organisation des Nations unies (ONU) jusqu'au 14 décembre 1955.
Les difficultés économiques de l'après-guerre entraînent, en février 1948, la défaite électorale du Fianna Fáil, au profit d'une coalition de six partis menée par le Fine Gael. John Aloysius Costello, devenu Premier ministre, tente de redresser l'économie nationale par une politique de baisse des prix et des impôts, et d'intensification des relations commerciales avec la Grande-Bretagne. En novembre 1948, Costello encourage le Dáil à rompre les derniers liens unissant le pays au Commonwealth. En décembre, les représentants irlandais adoptent le Republic of Ireland Bill (loi sur la république d'Irlande).

5.4 La république d'Irlande
La république d'Irlande, indépendante du Commonwealth, est proclamée le 18 avril 1949, lundi de Pâques marquant l'anniversaire des Pâques sanglantes.

5.4.1 L'ouverture vers l'extérieur
La République, brièvement écartée de la communauté internationale, ne peut adhérer rapidement à l'ONU en raison d'un veto soviétique, mais s'intègre dans le camp occidental. Elle est l'un des membres fondateurs de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) — ce qui lui permet de bénéficier du plan Marshall — ainsi que du Conseil de l'Europe. En revanche, elle refuse d'entrer dans l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), refus motivé par la question de l'Irlande du Nord.
La situation en Ulster empoisonne les relations avec le voisin britannique. Les dirigeants d'Irlande du Sud, dont beaucoup désormais appartiennent à une génération qui n'a pas connu la guerre civile, sont conscients que l'union ne pourra jamais être imposée par la force. L'opinion publique exprime sa lassitude. Face à la reprise des attentats par l'IRA, en 1956, le gouvernement dirigé par Costello adopte une politique répressive, poursuivie après 1957 par De Valera. L'absence de soutien populaire, autant que le vieillissement des cadres, conduit l'IRA à annoncer, en février 1962, son intention de renoncer à la lutte armée.
En juin 1959, De Valera, alors âgé de soixante-dix-sept ans, est élu président, poste qu'il occupe pendant quatorze ans, et Sean Francis Lemass est nommé Premier ministre. Lemass et John Mary Lynch, son successeur, s'emploient tous deux à dynamiser l'économie irlandaise. L'Irlande rompt avec son isolement, se rapproche économiquement de la Grande-Bretagne et de l'Europe. En 1965, la Grande-Bretagne et l'Irlande suppriment, par un accord bilatéral, les droits de douane entre les deux pays. En 1972, l'Irlande adhère, en même temps que la Grande-Bretagne, au Marché commun européen (voir Union européenne). Cette adhésion, effective en janvier 1973, est approuvée par 83 % des électeurs.
La reprise des affrontements intercommunautaires en Irlande du Nord donne lieu à de nouveaux actes terroristes fomentés par la branche "provisoire" de l'IRA, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la République irlandaise. En 1971, le Dáil interdit l'acquisition ou la détention d'armes destinées à être utilisées en dehors des frontières de l'Irlande. En 1972, le gouvernement exige la remise de toutes les armes à feu.
La coalition Fine Gael l'emporte d'une courte majorité lors des élections de 1973, et le chef de file du Fine Gael, Liam Cosgrave, devient Premier ministre. En 1977, le Fianna Fáil est de nouveau porté au pouvoir ; le gouvernement est mené par Lynch, auquel succède Charles Haughey en 1979.

5.4.2 La mutation irlandaise
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, les gouvernements irlandais se retrouvent confrontés à d'importants problèmes : multiplication des actes terroristes perpétrés par la branche provisoire de l'IRA dans le Nord, crise économique associée à un fort endettement public et à une hausse du chômage. Sur le plan politique, l'érosion des partis conservateurs, le Fianna Fáil et le Fine Gael, entraîne une relative instabilité gouvernementale.
En 1983, le Premier ministre Garrett Fitzgerald (Fine Gael), relance la recherche d'une solution politique en Irlande du Nord, en organisant à Dublin un "Forum pour une nouvelle Irlande" auquel participent des formations politiques du Nord et du Sud, réunies pour la première fois depuis la partition. Le Sinn Féin, toutefois, demeure exclu des discussions et les unionistes refusent l'invitation.
En novembre 1985, Garrett Fitzgerald obtient de Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, la signature d'un accord conférant à la république d'Irlande un rôle consultatif dans les affaires de l'Irlande du Nord. Fitzgerald demeure Premier ministre jusqu'en 1987, date à laquelle lui succède Charles Haughey qui obtient la majorité au Dáil dès le premier tour. Après les élections peu concluantes de juin 1989, Haughey forme un nouveau gouvernement de coalition. En décembre 1990, Mary Robinson, candidate de la gauche, est élue présidente de la République.
À l'issue des élections de novembre 1992, le Fianna Fáil forme une coalition avec le Parti travailliste. La progression des partis de gauche, associés au nouveau gouvernement formé par le Fine Gael en décembre 1994, témoigne d'une lente évolution de la société irlandaise, qui accompagne la mutation économique, faisant de l'Irlande un "Tigre celtique". S'ils ont à nouveau repoussé la légalisation de l'avortement en 1992, les Irlandais acceptent finalement de libéraliser la législation sur le divorce en novembre 1995.
Renforçant son ancrage européen, l'Irlande signe par ailleurs le traité de Maastricht, créant l'Union européenne, en décembre 1991, après avoir obtenu la faveur d'une clause spéciale garantissant que les lois irlandaises sur l'avortement ne seront pas remises en cause par la législation européenne. Le traité est ratifié par 69 % de "oui" lors d'un référendum national organisé en juin 1992. L'Irlande intègre l'Union économique et monétaire (UEM)et ratifie le traité d'Amsterdam par 61,7 % de "oui" (mai 1998).

5.4.3 Les trois mandats de Bertie Ahern
Dirigeant du Fianna Fáil, Bertie Ahern obtient une très courte victoire aux élections législatives de 1997, allié au Parti démocrate-progressiste. Il devient le plus jeune Premier ministre de la république d'Irlande. En 1998, il obtient un large succès dans les négociations visant à régler le conflit en Irlande du Nord, avec la signature d'un accord de paix historique. En revanche, il se dit "profondément déçu" par le résultat négatif du référendum sur la ratification du traité de Nice (juin 2001, 54 % de non, avec une participation de 32 % des électeurs), qui provoque la stupéfaction parmi les Quinze. Plus que l'élargissement de l'Union européenne, objet du traité de Nice élaboré par les Quinze en décembre 2000, c'est la perspective de céder des pans de souveraineté ou de renoncer à la neutralité irlandaise qui auraient motivé les partisans du "non". En 1997, Mary McAleese succède à Mary Robinson à la présidence de la République ; elle est réélue en 2004.
Alors que le Premier ministre détient le record de longévité à la tête d'un gouvernement et qu'il peut se prévaloir d'une situation économique exceptionnelle (le PIB par habitant a augmenté de 40 % entre 1991 et 2001), les élections législatives de 2002 voient une victoire historique de sa formation politique, le Fianna Fáil parvenant à 3 sièges de la majorité absolue (41,5 % des voix et 81 sièges). Le Sinn Féin est l'autre vainqueur du scrutin. Fort de 6,5 % des voix — ce qui le place en quatrième position sur l'échiquier politique irlandais, et non plus seulement nord-irlandais — il passe en effet de 1 à 5 députés. Bertie Ahern est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre, et il continue de gouverner à la tête d'une coalition entre le Fianna Fáil et les Démocrates progressistes. Sa première tâche est d'obtenir un résultat positif au nouveau référendum sur le traité de Nice, qui doit se dérouler en octobre 2002. Cette fois, le « oui » l'emporte par 62,89 % des voix, à la suite d'une campagne intensive en sa faveur que mènent notamment, outre le gouvernement, les principaux partis politiques, les syndicats et l'Église catholique, et alors que la participation approche 50 % (contre 32 % la première fois). Ce résultat ouvre la voie de l'élargissement de l'Union européenne à dix nouveaux pays, décidé lors du Conseil européen de Copenhague en décembre 2002. Le 1er mai 2004, l'Irlande assumant la présidence de l'Union européenne, c'est à Dublin que se déroulent les cérémonies officielles marquant l'élargissement. La république irlandaise est, avec le Royaume-Uni, le seul pays à ouvrir son marché du travail aux ressortissants des nouveaux États membres, accueillant en trois ans 300 000 travailleurs, essentiellement polonais.
En 2007, le Fianna Fáil remporte sa sixième victoire consécutive (41,6 % des voix et 78 sièges) et Bertie Ahern entame son troisième mandat d'affilée. Une telle longévité à la tête du gouvernement irlandais est inédite, alors que l'économie irlandaise apparaît comme la plus dynamique de la zone euro. Toutefois Bertie Ahern quitte le pouvoir un an plus tard, à la suite d'allégations de corruption. Il est remplacé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Brian Cowen. Celui-ci doit faire face au résultat négatif du référendum sur le traité de Lisbonne (53,4 % de non, juin 2008), l'Irlande étant le seul pays européen à avoir suivi la voie référendaire pour la ratification de ce nouveau traité devant permettre le fonctionnement de l'Europe à vingt-sept États membres.

5.5 La question de l'Irlande du Nord
La situation en Irlande du Nord est redevenue une question politique majeure en république d'Irlande ; le gouvernement de Dublin joue désormais un rôle clé dans les négociations sur l'avenir de ce territoire.

5.5.1 Le rôle de Gerry Adams
Après une recrudescence de la violence intercommunautaire en Ulster, à la fin de 1991, un nouveau pas est franchi au printemps 1992, lorsque des dirigeants unionistes d'Irlande du Nord acceptent de participer à des négociations, à Londres, aux côtés des représentants du gouvernement irlandais. En juin 1993, Mary Robinson rencontre publiquement à Belfast le dirigeant du Sinn Féin, Gerry Adams. En juillet de la même année, le gouvernement irlandais propose une souveraineté commune du Royaume-Uni et de la république d'Irlande sur l'Irlande du Nord. Ce plan est rejeté par Londres. Mais après de nouveaux attentats à Belfast, le Premier ministre britannique John Major accepte, en novembre, que le Sinn Féin participe aux futures négociations.
Le 15 décembre 1993, Albert Reynolds, chef du gouvernement irlandais, et John Major signent une nouvelle déclaration déterminante : la Grande-Bretagne accepte de renoncer à sa souveraineté sur l'Irlande du Nord si la majorité de la population exprime la volonté d'être rattachée à la république d'Irlande ; celle-ci s'engage pour sa part à supprimer toute référence à l'unité territoriale dans sa Constitution. L'ensemble des partis politiques d'Irlande du Nord, dont le Sinn Féin, est invité à trouver une solution politique, à condition qu'il soit mis fin aux violences. Après que l'IRA a annoncé, le 31 août 1994, "une cessation complète des opérations militaires", le Premier ministre irlandais reçoit Gerry Adams à Dublin. Les deux dirigeants ayant exprimé leur volonté de respecter le choix de la population unioniste, les milices loyalistes d'Irlande du Nord annoncent à leur tour, en octobre, la cessation de leurs opérations militaires.
Le gouvernement de John Bruton poursuit la politique de Reynolds. Le 22 février 1995, Bruton et Major rendent public un accord anglo-irlandais devant servir de base de travail à toute négociation pour un règlement durable du conflit en Irlande du Nord. Parmi les principales dispositions figurent la création d'une Assemblée d'Irlande du Nord, élue au scrutin proportionnel, l'établissement « d'un organisme Nord-Sud » responsable devant l'Assemblée d'Irlande du Nord et le Dáil irlandais, ainsi que la mise en place d'une conférence intergouvernementale permanente entre la Grande-Bretagne et l'Irlande.

5.5.2 La rupture du cessez-le-feu
Les relations entre Dublin et Londres se détériorent cependant avec la dégradation de la situation en Irlande du Nord. La rupture du cessez-le-feu par l'IRA, en février 1996, écarte à nouveau le Sinn Féin des négociations. Londres durcit sa position, rejetant les propositions du médiateur américain, Georges Mitchell, et prenant l'initiative d'élections en Irlande du Nord sans consulter Dublin. Ces élections, qui renforcent, en mai, les positions des formations les plus dures, sont suivies de graves affrontements durant toute l'année 1996, sans que Dublin parvienne à relancer les pourparlers. Lors des élections législatives de juin 1997, l'alliance de centre droit menée par le chef du Fianna Fáil, Bertie Ahern, bat de peu la coalition dirigée par John Bruton, sans pour autant obtenir la majorité absolue. Bertie Ahern est élu Premier ministre grâce au soutien de députés indépendants, tandis qu'en octobre 1997, Mary Mac Aleese, originaire d'Irlande du Nord, succède à Mary Robinson, à la présidence de la République, soutenue par la coalition formée du Fianna Fáil et des Démocrates progressistes.

5.5.3 L'accord de paix "historique"
Avec l'arrivée au pouvoir en Grande-Bretagne du travailliste Tony Blair, qui fait de la question irlandaise une priorité, les négociations reprennent sous l'égide du sénateur américain Mitchell et avec l'intervention de Bill Clinton, et aboutissent à un accord de paix historique le 10 avril 1998, signé non seulement par les Premiers ministres britannique et irlandais, mais aussi par le Sinn Féin républicain et le principal parti unioniste, le Parti unioniste d'Ulster (UUP) de David Trimble. Cet accord de compromis qui pourrait mettre fin à trente ans de guerre civile prévoit plusieurs points : la nécessité d'un vote exprimé par la majorité de la population d'Irlande du Nord quant à l'unification ou au maintien de l'Ulster dans le Royaume-Uni ; la remise en vigueur du Parlement de l'Ulster qui exercera des pouvoirs législatifs et exécutifs ; la création d'un "conseil Nord-Sud" composé de représentants de l'Ulster et de la république d'Irlande afin de développer la coopération dans les domaines susceptibles de concerner les deux parties de l'île (tourisme, pêche, environnement, transports, etc.), ces décisions étant soumises à l'approbation du Parlement d'Ulster, ainsi qu'au Dáil irlandais.
L'accord de Stormont, dit du "vendredi saint", est adopté par référendum en mai 1998 par plus de 70 % de votes favorables en Irlande du Nord et plus de 90 % en République d'Irlande. Il entraîne une modification de la Constitution britannique, qui affirme, d'une part, la souveraineté du Royaume-Uni sur l'Ulster et, d'autre part, celle de la république d'Irlande — qui devra cependant abandonner sa revendication territoriale sur le Nord. Il prévoit également un désarmement général de toutes les organisations paramilitaires.
Mais, durant de longs mois, le processus de paix reste dans l'impasse : d'une part, l'IRA refuse un désarmement immédiat et, d'autre part, David Trimble s'oppose à la participation du Sinn Féin dans le futur gouvernement tant que l'IRA n'aura pas déposé les armes. À l'instigation des Premiers ministres britannique Tony Blair et irlandais Bertie Ahern, des négociations reprennent à la mi-avril 1999, afin de relancer l'accord de paix.
En s'engageant en mai 2000 à mettre ses armes hors d'usage, l'IRA suscite de nombreux espoirs et permet la reformation du gouvernement autonome en Ulster. Cependant les négociations piétinent, achoppant sur le calendrier et les modalités du désarmement de l'IRA, mais aussi sur la réduction de la présence militaire britannique et la réforme de la police provinciale nord-irlandaise à majorité catholique. Le processus de paix est en outre fragilisé par les attentats perpétrés en 2000 et 2001 par une branche dissidente et radicale de l'IRA, "l'IRA véritable".
En juillet 2001, le protestant modéré David Trimble démissionne de son poste de Premier ministre de l'Irlande du Nord afin de faire pression sur l'IRA pour qu'elle commence à désarmer, comme elle le promet depuis trois ans. Les négociations reprennent entre les Premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, mais les institutions d'Irlande du Nord sont paralysées et le processus de paix semble dans l'impasse. Toutefois, au mois d'octobre 2001, Gerry Adams, le président du Sinn Féin, demande pour la première fois, et obtient, que l'IRA accomplisse un geste historique en engageant la destruction de ses arsenaux d'armes. David Trimble reprend aussitôt ses fonctions et l'espoir de parvenir à une paix solide est une nouvelle fois relancé. Mais, à la suite de l'arrestation de 4 militants du Sinn Féin, soupçonnés d'avoir espionné le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, les institutions nord-irlandaises sont suspendues jusqu'à nouvel ordre par Londres en octobre 2002. Cette situation perdure mais, en juillet 2005, l'IRA annonce qu'elle renonce à la lutte armée, ce qui laisse espérer une relance du processus de paix.

Ulster : généralités

1 PRESENTATION
L'Irlande du Nord, en anglais Northern Ireland et en gaélique irlandais Tuaisceart Éireann, est restée attachée à la Grande-Bretagne, après l'indépendance des comtés du Sud en 1921, et formant avec elle le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.
L'Irlande du Nord est aussi communément appelée l'Ulster, car elle est issue du morcellement de l'ancienne province de l'Ulster dont elle comprend six des neuf comtés historiques. L'île de Rathlin et un chapelet de petites îles au large lui sont rattachés. Limitée, au nord-est, par le canal du Nord et, au Sud-Est, par la mer d'Irlande, l'Irlande du Nord est limitrophe, au Sud et à l'Ouest, de la république d'Irlande. Sa capitale est Belfast.

2 LE PAYS ET SES RESSOURCES
D'une superficie totale de 14 160 km2, l'Irlande du Nord s'étend sur près de 135 km du nord au Sud et sur environ 175 km d'est en Ouest. Son littoral, long d'environ 530 km, présente l'aspect très échancré des côtes à fjords (appelés ici loughs). Les deux principaux fjords, les loughs Belfast, à l'Est, et Foyle, au Nord, abritent les ports de Belfast et de Londonderry. Le littoral septentrional, au nord du plateau d'Antrim, offre une curiosité géologique célèbre, la Chaussée des Géants, immense dallage d'orgues basaltiques (colonnes hexagonales) de couleur sombre.
L'intérieur du pays est constitué d'une vaste dépression correspondant au prolongement de la zone écossaise des Lowlands. Cette vaste plaine est occupée au centre par le lough Neagh (396 km2), le plus grand lac des îles britanniques. C'est un lac d'eau profonde, d'origine tectonique et fortement remanié par l'érosion glaciaire. L'emprise des glaciers quaternaires a partout façonné un paysage mou, mélange de terre et d'eau.
La plaine centrale est relevée sur les bords par de petits massifs de moyennes montagnes, constitués de roches primaires : les monts Sperrin (683 m), au Nord-Ouest, les monts Mourne au Sud-Est, où se situe le point culminant de la région, le Slieve Donard (852 m), et le plateau d'Antrim au nord-est, recouvert d'épanchements basaltiques d'âge tertiaire. Il se prolonge dans la mer par la spectaculaire Chaussée des Géants.
Les principaux fleuves sont le Foyle, qui sépare l'Irlande du Nord de la république d'Irlande au Nord-Ouest et qui se jette dans le lough Foyle, à Londonderry, ainsi que le Bann supérieur et le Bann inférieur. Ces deux derniers prennent respectivement leur source dans les monts Mourne et dans le lac Neagh ; le premier se jette dans le lac Neagh et le second dans le canal du Nord. Le faible dénivelé du relief empêche localement les eaux de s'écouler, créant de vastes marécages.

2.1 Climat
Le climat d'Irlande du Nord est un climat océanique, doux et humide tout au long de l'année. La température moyenne annuelle avoisine 10°C, avec des étés relativement frais (la température moyenne de juillet est d'environ 14,4°C) et des hivers assez doux (la température moyenne du mois de janvier avoisine 4,4°C). Les vents d'Ouest dominants réchauffés par le Gulf Stream expliquent ces faibles écarts de température. La pluviosité est régulière tout au long de l'année, les précipitations annuelles dépassant fréquemment 1 000 mm dans le Nord.

2.2 Ressources naturelles
L'Irlande du Nord est pauvre en ressources minières et énergétiques. Seule l'énergie hydraulique est naturellement abondante. Le sol fertile et les riches pâturages sont les ressources naturelles les plus précieuses du pays. L'exploitation du granite comme matériau de construction est localement importante, ainsi que l'emploi de la tourbe comme combustible.

2.3 Faune et flore
La faune et la flore d'Irlande du Nord sont les mêmes que celles rencontrées sur l'ensemble de l'île. La seule plante spécifique au nord de l'île est une espèce d'orchidée sauvage, Spiranthes stricta, qui pousse dans les vallées du Bann supérieur et inférieur. Il existe également, dans le lac Neagh, une variété locale de poisson d'eau douce appelée powan.

3 POPULATION ET SOCIETE
La plupart des habitants sont d'origine écossaise ou anglaise. Ils sont appelés communément Scot-irlandais. Les autres sont Irlandais de souche, natifs d'Ulster principalement. La seule langue officielle est l'anglais. À la différence de la république d'Irlande, l'Irlande du Nord n'encourage pas le parler gaélique.

3.1 Démographie
En 2004, l'Irlande du Nord comptait 1 710 000 habitants, également répartis entre la ville et la campagne. La densité de peuplement, d'environ 121 habitants au km², est très inférieure à celle de la Grande-Bretagne. La population est inégalement concentrée dans la moitié orientale du pays, occasionnant un très net déséquilibre intérieur Est-Ouest.
La capitale, Belfast, située sur la côte orientale, est la plus grande ville d'Irlande du Nord avec une population de 277 200 habitants. Elle concentre le tiers de la population et les quatre cinquièmes de l'équipement industriel du pays (chantiers navals, textile). Lisburn, dans la banlieue de Belfast, compte 108 694 habitants. Londonderry, au nord, est la troisième ville du pays avec 105 066 habitants.

3.2 Découpage administratif
L'Irlande du Nord est formée de six comtés de l'ancienne province d'Ulster (Antrim, Armagh, Derry, Down, Fermanagh, Tyrone). Le pays est divisé en vingt-six districts, chacun doté d'une Assemblée élue.

3.3 Religion
La population d'Irlande du Nord est majoritairement protestante. Toutefois, les catholiques (près de 30 % de la population totale du pays) constituent une très forte minorité. Ils sont surtout nombreux à proximité de la frontière avec la république d'Irlande et dans certains ghettos urbains de Belfast et de Londonderry. Les protestants représentent 60 % de la population, mais sont divisés en plusieurs communautés. La plus importante est celle des presbytériens (23 %). À la différence de l'Angleterre, il n'y a pas d'Église établie en Irlande du Nord. Les années 1970 et 1980 ont été le théâtre de violents conflits entre catholiques et protestants.

3.4 Enseignement
En Irlande du Nord, l'école est gratuite et obligatoire pour les enfants de 5 à 15 ans. Le système scolaire est semblable au système britannique. Le pays possède deux universités : l'université de Queen à Belfast (1845), et l'université d'Ulster (1984).

3.5 Culture
À l'origine, il n'y a pas de culture d'Irlande du Nord distincte de celle du reste de l'Irlande. Mais les vagues de colonisation anglaise et surtout écossaise, au cours du XVIIe siècle, ont fait se développer une identité culturelle propre à l'Ulster. La différence fondamentale entre les deux Irlande est la religion. Par ailleurs, l'Irlande du Nord est davantage urbanisée et industrialisée que la république d'Irlande. Des chantiers navals et une puissante industrie textile s'y sont implantés dès le XIXe siècle, y fixant une population nombreuse.
L'Irlande du Nord partage, avec le reste de l'île, les gloires du passé. Le principal musée du pays se situe à Belfast. Il abrite une collection d'antiquités irlandaises.

3.6 Institutions et vie politique
3.6.1 Institutions
Du fait de son rattachement à la Grande-Bretagne, l'Irlande du Nord élit dix-sept membres à la Chambre des communes britannique. Les institutions nord-irlandaises trouvent leurs bases constitutionnelles dans le Government of Ireland Act, votées par le Parlement britannique en 1920 et plusieurs fois modifiées sur accord des deux parties. Mais en 1972, Londres a imposé un gouvernement direct en raison du conflit politique et religieux opposant catholiques nationalistes et protestants unionistes. En 1973, une loi accorde une forte autonomie locale à l'Irlande du Nord. Une Assemblée et un gouvernement local, aux compétences étendues, obtiennent la possibilité d'exercer des pouvoirs décentralisés. La Grande-Bretagne garde le contrôle en matière de défense, de politique extérieure, de monnaie, de tarifs douaniers et de communications. En 1985, un accord anglo-irlandais confère au gouvernement de la république d'Irlande un rôle consultatif important dans la conduite des affaires nord-irlandaises. En 1998, l'accord de paix historique, dit de Stortmont, met en place de nouvelles institutions : une assemblée locale de 108 membres désignant un Premier ministre, dont dépendent les finances, l'agriculture, la santé et l'éducation ; un conseil Nord-Sud ; un conseil des Îles britanniques.

3.6.2 Partis politiques
Le Parti unioniste d'Ulster (Ulster Unionist Party, UUP), favorable au maintien de l'union entre l'Irlande du Nord et le Royaume-Uni, dirige l'Irlande du Nord de 1921 à 1972. Dans les années 1970, les militants de droite du parti fondent le Parti démocratique unioniste (Democratic Unionist Party, DUP) et les unionistes libéraux le parti de l'Alliance (Alliance Party). Son principal adversaire politique est le Parti travailliste social-démocrate (Social Democratic and Labour Party, SDLP) et le Sinn Féin, parti des catholiques nationalistes.

4 ÉCONOMIE
L'économie d'Irlande du Nord, qui repose sur l'agriculture et sur l'industrie, est gravement fragilisée par l'éloignement, l'insularité et les troubles politiques. L'Irlande du Nord donne l'image aujourd'hui d'un espace périphérique d'une relative pauvreté au sein de l'espace économique de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne. Les indicateurs sociaux et économiques soulignent le retard de la région : revenu par habitant moindre, forte ruralité, taux de chômage élevé (proche de 50 % dans certains quartiers de Belfast). Les affrontements entre les communautés protestantes et catholiques contribuent à compromettre son développement. L'Irlande du Nord est aujourd'hui une zone assistée. Elle est l'un des bénéficiaires prioritaires de la politique d'aide au développement régional instaurée par l'Union européenne.

4.1 Agriculture et pêche
Les petites exploitations dominent en Irlande du Nord. Elles associent l'élevage et les cultures fourragères. Les principales cultures du pays sont la pomme de terre, l'orge, le foin, l'avoine, le navet, la pomme et la poire. L'épidémie de fièvre aphteuse survenue au début de l'année 2001 porte un coup très dur à l'élevage nord-irlandais, qui se voit mis sous embargo par l'Union européenne.
La pêche en mer est concentrée sur le littoral oriental, principalement au large de Newcastle ; on y pêche le merlan, le hareng et la coquille Saint-Jacques. La pêche en eau douce est également importante dans le lough Neagh, le lough Erne et l'Erne supérieure (saumons, truites, powans).

4.2 Industries
L'activité industrielle entre pour beaucoup dans le produit national. L'industrie et le bâtiment emploient environ un cinquième des actifs. Les industries traditionnelles d'Irlande du Nord sont le textile (draperies, cotonnades) et l'habillement, la métallurgie, les constructions navale et aéronautique. Les grands chantiers navals se trouvent à Belfast. Les autres productions concernent les machines textiles, les industries d'équipement électrique et électronique, l'agroalimentaire, les spiritueux, l'industrie chimique.

4.3 Commerce extérieur
Près de 80 % du commerce extérieur nord-irlandais se fait avec la Grande-Bretagne, et la devise britannique est la monnaie légale d'Irlande du Nord. Une grande partie des exportations vers la Grande-Bretagne est ensuite réexportée à l'étranger. L'Irlande du Nord exporte toiles, textiles, confection, machines diverses et denrées alimentaires (viande, pommes de terre, produits laitiers).

5 HISTOIRE
Pour l'histoire des territoires de l'Irlande du Nord avant la création officielle de l'État, et notamment la question et la révolution irlandaise, voir l'article Irlande.

5.1 La partition de l'île (1920-1921)
En 1920, alors que l'Irlande obtient son autonomie, six des neuf comtés de l'Ulster, la plus septentrionale des quatre provinces irlandaises, ont la possibilité d'être politiquement séparés du reste de l'Irlande et de préserver des relations étroites avec la Grande-Bretagne. Le Government of Ireland Act de 1920 transforme les six comtés en une entité politique séparée du Royaume-Uni, désignée sous le nom d'Irlande du Nord. Le traité du 6 décembre 1921 reconnaît par la suite à l'Irlande le plein statut de dominion. Le régime ulstérien, doté d'une Constitution et d'un Parlement gérant les affaires locales, reste subordonné au Parlement de Londres. La séparation entre les deux Irlande devient définitive en 1925, avec l'établissement d'une frontière officielle. L'Irlande du Nord s'est en effet refusée à envisager la possibilité d'une réunification. La majorité des Irlandais du Nord, de religion protestante, descendant pour la plupart de colons anglais et écossais, voient dans la séparation d'avec le Sud catholique et l'union avec la Grande-Bretagne le moyen de sauvegarder leur religion et leur domination. Les catholiques irlandais vivent la création de l'Irlande du Nord comme l'ultime injustice infligée par les Britanniques au peuple irlandais.
Pendant cinquante ans, le Parlement irlandais, dominé par le parti unioniste, gouverne à sa guise. Il renforce la domination des protestants au moyen de l'écrasement politique, économique et social de la minorité catholique et nationaliste.

5.2 L'Irlande du Nord au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
L'Irlande du Nord participe activement au second conflit mondial en envoyant ses soldats au combat. L'Ulster se reconvertit dans la construction d'armement et de matériels de guerre (navires, chars, avions, tissus d'uniformes militaires). Les ports de Belfast et de Londonderry sont de la plus haute importance stratégique pour la flotte alliée. La ville de Belfast subit des dommages considérables lors des attaques aériennes allemandes.
En 1949, l'Eire devient la république d'Irlande. Elle continue de revendiquer les six comtés du Nord. Le Parlement britannique déclare alors l'Irlande du Nord partie intégrante du Royaume-Uni. De 1956 à 1962, l'IRA (l'Armée républicaine irlandaise), clandestine, entame une campagne de terrorisme pour revendiquer la réunification des deux Irlande. Mais, en 1962, le gouvernement de la république d'Irlande condamne officiellement le terrorisme comme moyen de réaliser l'unification.

5.3 La montée de la violence
Les catholiques nationalistes, hostiles à la partition depuis le premier jour, refusent de s'accommoder d'un régime politique qui fait d'eux des citoyens de seconde zone. Ils sont, en effet, l'objet d'une discrimination multiforme et systématique dans le domaine de l'emploi, du logement social et des droits civiques. En 1968, ils organisent une campagne en faveur de l'égalité des droits civiques. Celle-ci entraîne par contrecoup le réveil de l'extrémisme protestant, incarné par Ian Paisley, et la situation devient vite explosive. En 1969, les manifestations anticatholiques de l'ordre d'Orange dégénèrent en bagarres, puis en émeutes. À Londonderry, le ghetto catholique de Bogside se mue en camp retranché. À Belfast, cent cinquante maisons catholiques sont incendiées (six morts, trois cents blessés). L'armée britannique est envoyée pour soutenir la police locale débordée. Le gouvernement de Londres tente de promouvoir des réformes. Mais Ian Paisley est élu, et la militante catholique Bernadette Devlin, députée au Parlement de Londres, est arrêtée en juin 1970.
Cette arrestation, qui entraîne de nouveaux combats, a pour effet de renforcer l'état de guerre civile régnant dans le pays depuis juillet 1969. L'IRA, tout en assurant la protection des quartiers catholiques, commence à multiplier les actions terroristes, notamment contre l'armée britannique. En 1972, la Grande-Bretagne, supprimant l'autonomie de l'Irlande du Nord, impose un gouvernement direct. En décembre 1973, une conférence tripartite historique réunit les chefs des gouvernements anglais, irlandais et d'Irlande du Nord. Un accord de coopération est signé, destiné à favoriser la coopération économique entre l'Ulster et la république d'Irlande. La réaction protestante est particulièrement violente. Des extrémistes déclenchent une grève générale insurrectionnelle, obligeant le gouvernement d'Irlande du Nord à renoncer à toute action de rapprochement avec la République d'Irlande.
Dans les années qui suivent, les mesures de police (internements préventifs), l'action de l'armée britannique, les actes terroristes commis par l'IRA (assassinat de lord Mountbatten en 1979) et par les extrémistes protestants (attentat contre Bernadette Devlin en 1981) entretiennent la haine et la peur entre les deux communautés religieuses.
En 1981, l'IRA adopte une nouvelle tactique destinée à raviver les sympathies internationales envers la lutte des catholiques nord-irlandais. Les membres de l'IRA détenus dans les prisons anglaises entament une grève de la faim, objet d'une grande médiatisation. Chaque décès provoque un nouveau cycle de violence et la situation reste politiquement et militairement bloquée pendant encore plusieurs années. La conférence intergouvernementale de 1985 est accueillie comme un pas important vers une coopération transfrontalière sur la sécurité, les problèmes économiques et sociaux. L'accord anglo-irlandais laisse entrevoir la possibilité d'une paix future. Toutefois, les unionistes protestants et quelques nationalistes irlandais dénoncent l'accord.

5.4 Vers une solution négociée
À l'aube des années 1990, l'armée anglaise patrouille toujours dans les rues de Londonderry et de Belfast, l'IRA poursuit ses attaques terroristes sporadiques sur les civils et les militaires britanniques résidant dans les îles Britanniques ou sur le continent. En décembre 1993, Londres et Dublin lancent un appel conjoint en faveur d'un règlement pacifique du conflit, proposant au Sinn Féin de participer à des négociations à condition que cesse l'action terroriste de l'IRA. Le 31 août 1994, après vingt-cinq ans de lutte armée, l'IRA annonce un cessez-le-feu sans limitation de durée. Les milices protestantes font de même en septembre. Des pourparlers de paix, en vue du règlement politique d'un conflit qui a fait plus de 3 000 morts depuis 1969, sont engagés, mais la reprise des attentats par l'IRA en 1996 enraye de nouveau le processus de paix.
Ce processus est cependant relancé, grâce à l'arrivée au pouvoir en république d'Irlande de Bertie Ahern et en Grande-Bretagne du travailliste Tony Blair, tous deux désireux de trouver un accord. L'annonce par l'IRA d'un cessez-le-feu en juillet 1997, l'acceptation par le Sinn Féin d'une solution démocratique et approuvée par la majorité de la population de l'Ulster, l'allègement des effectifs de l'armée stationnés en Irlande du Nord et la rencontre historique à Londres avec le leader du Sinn Féin, Gerry Adams, permettent la signature d'un accord de paix, le 10 avril 1998, entre les gouvernements de Londres et de Dublin, ainsi qu'entre les unionistes et les républicains du Sinn Féin.
L'accord de Stortmont (du nom du château où a été signé l'accord, situé près de Belfast et ancien siège du Parlement d'Irlande du Nord suspendu en 1972 par les Britanniques) prévoit un vote qui choisira entre l'unification avec la République d'Irlande ou le maintien dans le Royaume-Uni. D'une assemblée locale de 108 membres, qui désignera un Premier ministre, dépendront notamment les finances, l'agriculture, la santé et l'éducation. Pour favoriser la coopération entre les deux parties de l'île, un conseil Nord-Sud sera institué, tandis qu'un conseil des Îles britanniques regroupera toutes les régions autonomes du Royaume-Uni (Écosse, Pays de Galle et Ulster), ainsi que l'Angleterre et l'Irlande. Les questions de la réforme de la police d'Irlande du Nord, de la libération des détenus des deux camps et du désarmement des milices demeurent cependant en suspens.
Entériné par le principal parti protestant, le Parti unioniste d'Ulster (UUP), et soutenu par Gerry Adams, cet accord reçoit l'appui de l'Église anglicane d'Irlande, ainsi qu'un accueil favorable des milices unionistes, tandis que l'IRA le juge "significatif". Il est approuvé massivement par les Irlandais, tant en Ulster (71 % de "oui") qu'en république d'Irlande (94,5 %) lors du référendum de mai 1998.
Les élections de l'Assemblée semi-autonome, le 25 juin 1998, sont remportées par les partis modérés nationalistes et républicains, ayant soutenu l'"accord du Vendredi saint" : chez les catholiques, le Parti social démocrate travailliste (SDLP) conduit par John Hume (24 sièges) et le Sinn Féin (18 sièges) ; chez les protestants, l'UUP de David Trimble (28 sièges). Avec 20 sièges, le Parti démocratique unioniste (radical protestant) de Ian Paisley ne pourra pas paralyser l'Assemblée. David Trimble est élu Premier ministre d'Irlande du Nord et Seamus Mallon, catholique modéré, vice-Premier ministre.
La dynamique de paix est menacée en juillet par la volonté des orangistes de maintenir leurs défilés traditionnels, jugés provocateurs par les catholiques, et par les violences qui s'ensuivent (mort de trois enfants catholiques brûlés vifs dans un incendie criminel). Malgré l'attentat d'Omagh (Ulster) du 15 août (29 morts, plus de 220 blessés), revendiqué par un groupe dissident de l'IRA, "IRA véritable", opposé au processus de paix, celui-ci semble avancer et, le 10 septembre, David Trimble et Gerry Adams se rencontrent pour la première fois. En octobre, David Trimble et John Hume, leader du Parti travailliste d'Irlande du Nord (catholique), reçoivent le prix Nobel de la paix.

5.5 Vers un gouvernement autonome
Malgré le renforcement de l'arsenal antiterroriste britannique, les attentats continuent et ravivent les tensions entre protestants unionistes et catholiques républicains. Le processus de paix semble dans l'impasse : d'une part, l'IRA refuse un désarmement immédiat et, d'autre part, David Trimble s'oppose à la participation du Sinn Féin dans le futur gouvernement tant que l'IRA ne s'engage pas à déposer les armes selon un calendrier précis. À l'instigation des Premiers ministres britannique et irlandais, les négociations reprennent et, finalement, l'IRA et les milices protestantes s'étant engagées à déposer les armes en mai 2000, le premier gouvernement autonome bi confessionnel (5 ministres protestants et 5 catholiques, dont 2 du Sinn Féin) est formé en novembre 1999. Le transfert des pouvoirs a lieu en décembre, le budget, la politique monétaire, les affaires étrangères et la défense restant du ressort du pouvoir central. Deux mois plus tard, Londres suspend les institutions en réponse à la menace de démission de Trimble, qui juge insuffisants les engagements de l'IRA. Celle-ci, tout en maintenant le cessez-le-feu, revient alors sur ses propositions, enrayant à nouveau le processus jusqu'à ce que, en mai 2000, elle s'engage à mettre ses armes "entièrement hors d'usage de façon totale et vérifiable". Cette proposition historique est acceptée par l'UUP de David Trimble, ce qui a pour effet de rendre possible la reformation du gouvernement autonome à Belfast et de relancer le processus de paix en Irlande du Nord. Cependant la situation demeure difficile : les négociations concernant le désarmement de toutes les factions, y compris l'IRA, sont au point mort, achoppant sur le calendrier et sur les modalités. L'autre grand dossier, la réforme de la police provinciale, la Royal Ulster Constabulary (RUC), soulève une forte opposition de la part des unionistes. Chargé du dossier, Chris Patten, l'ancien gouverneur de Hong Kong, avait suggéré l'abandon de l'adjectif "royal", afin d'ouvrir davantage cette police aux nationalistes, au grand dam des membres de l'aile droite du parti de David Trimble. Enfin la question de la réduction de la présence militaire britannique, dont les républicains font une priorité, reste en suspens tant que le désarmement des milices ne sera pas plus avancé. Malgré la visite de Bill Clinton à Dublin à la mi-décembre 2000 qui, lors de ce dernier voyage officiel de sa présidence, lance un vigoureux appel à consolider la paix en Irlande du Nord, la situation continue de se dégrader au cours du premier semestre 2001. En effet, les attentats reprennent, sous l'impulsion notamment de la branche dissidente, l'IRA véritable, qui le 4 mars 2001, fait exploser une bombe devant le siège de la BBC à Londres. Surtout, la perspective de prochaines élections législatives en Grande-Bretagne amène chaque parti à raidir ses positions et à adopter une attitude plus ferme vis-à-vis de l'autre camp.
En juillet 2001, devant l'absence de désarmement de l'IRA, David Trimble démissionne de son poste de Premier ministre d'Irlande du Nord. Son retrait entraîne celui du catholique Seamus Mallon, numéro deux de l'exécutif nord-irlandais. Les négociations reprennent entre les Premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, mais les pourparlers piétinent et des émeutes se déroulent à Belfast dans les semaines qui suivent. En octobre 2001, poursuivant cette tactique de paralysie des institutions, David Trimble annonce la démission des cinq ministres unionistes de l'exécutif local. Mais avant que celle-ci ne devienne effective, Gerry Adams, le président du Sinn Féin, demande à l'IRA d'accomplir "un geste significatif sur la question des armes", qui "pourrait sauver le processus de paix de l'écroulement". Le lendemain, l'IRA exécute ce geste historique en procédant aux premières destructions de ses arsenaux d'armes devant une commission indépendante d'inspecteurs internationaux. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, salue "ce geste d'une signification fondamentale" et David Trimble accepte aussitôt de reprendre ses fonctions. Il est réélu le mois suivant malgré la défection de deux députés de son propre parti, qui votent avec les opposants au processus de paix, tandis qu'il obtient le soutien de trois députés du parti de l'Alliance, bi confessionnel. Ce tournant historique relance l'espoir de parvenir à une paix ferme. Il s'inscrit dans la situation internationale créée par les attentats qui frappent les États-Unis le 11 septembre 2001. L'engagement de l'administration américaine dans une lutte contre le terrorisme international menace en effet l'IRA de perdre des soutiens essentiels, qui la conduisent à réévaluer sa stratégie.
En novembre, conformément aux accords de paix de 1998, une nouvelle police, le Service de police d'Irlande du Nord (PSNI), est créée pour remplacer la Royal Ulster Constabulary (RUC). Ses effectifs, qui comprennent de nombreux catholiques, sont plus représentatifs de la population. En outre, à la suite d'une intervention de David Trimble, les habitants protestants du district d'Ardoyne, dans le nord de Belfast, arrêtent de jeter des pierres et d'insulter les enfants qui se rendent dans une école catholique. Pendant trois mois, ces manifestations avaient concentré la violence en Irlande du Nord et fait craindre tous les dérapages. Or, en octobre 2002, les institutions nord-irlandaises sont suspendues jusqu'à nouvel ordre par Londres à la suite de l'arrestation de quatre militants du Sinn Féin, soupçonnés d'avoir espionné le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord. Cette situation perdure à la suite de l'élection de l'Assemblée d'Irlande du Nord en novembre 2003 qui se solde par la défaite des partisans des accords de 1998. Dans le camp protestant, le Parti unioniste démocratique (DUP) du révérend Ian Paisley l'emporte pour la première fois avec 26 % des suffrages (30 sièges, + 10), devant le Parti unioniste d'Ulster (UUP) de David Trimble (23 % des suffrages, 27 sièges, - 1). Du côté catholique, le Sinn Féin (24 % des suffrages, 24 sièges, + 6) devance le Parti social-démocrate et travailliste (SDLP) qui recueille 17 % des suffrages (18 sièges, - 6). Ce résultat incite une fois encore les observateurs au pessimisme quant à l'évolution institutionnelle de l'Irlande du Nord. En mai 2005, les élections générales se soldent, elles auss,i en Irlande du Nord, par la victoire du DUP et du Sinn Féin, tandis que l'UUP ne dispose plus que d'un député à la Chambre des communes, et, que son leader, David Trimble, annonce sa démission de la présidence du parti. Mais, en juillet 2005, l'IRA déclare qu'elle renonce à la lutte armée. Cette annonce historique autorise un nouvel optimisme quant à l'évolution de la situation nord-irlandaise.